Exposition Villa des arts

La peinture de Chardoudi possède son propre mot représentatif : le mouvement. C’est une œuvre d’art faite par et pour le corps. Un corps en parfaite synesthésie où le lyrique épouse l’épique et où le geste se mue en regard. Il s’agit effectivement d’une peinture qui se déploie devant les yeux regardeurs dont les différentes influences sont à légion transcende ainsi son ancienne teinte expressionniste pour s’investir dans l’enceinte du néo expressionnisme où s’invitent conjointement mysticisme et transfiguration au sein d’un réel imagé jusqu’au bout.

Chardoudi en corps rétif à l’inertie continue son action stoïque pour approcher une abstraction  qui s’avère être le fruit d’une longue quête effrénée du sens qui risque d’affronter non sans courage la crisedu sens. C’est un amalgame de sensations qui réclame une espèce de transe chromatique dans sa réception, ne serait-ce qu’en arrivant à ces espaces abstraits et transfigurés en dédales inextricables. Il va sans dire que l’espace y est ouvert sur le monde et sur soi pour se muer en endroit prisé pour les correspondances et les multiples regards croisés.

En effet, le peintre semble se refuser à ce qui figé car il ne cesse d’expérimenter la chair qui s’investit dans une trame translucide jusqu’à ce que la couleur s’égare dans le magma confus de l’abstrait. Comme si la toile tombe en syncope et se ponctue par le biais d’une couleur criarde et d’un trait non géométrique. Le vertige est paradoxalement vecteur d’équilibre et les formes se nourrissent de l’informe. Tout est voué à l’action surtout que chaque miniature est autonome et pourtant dotée de sens au sein de la toile, d’ores et déjà floue, sans contours, pareille à un terrain de reproduction dépourvu de bornes et d’identité. 

L’univers de Chardoudi est un accomplissement de l’humain dans ses détails les plus dissimulés, une introspection qui se déroule sous les yeux des regardeurs. Ainsi nous offre-t-il une gestuelle mouvementée qui étale des couleurs vives qui, au lieu de relater les êtres et les étants, part à la rencontre de l’autre en nous et du moi exilé volontairement comme dirait Henri Michaux et vit la poésie pour poétiser in fine la vie elle-même.